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    9 ans à fonder une agence digitale au Maroc : ce que j'ai appris (et ce que je referais)

    J'ai fondé Klicky à Casablanca en 2016. Neuf ans plus tard, on en est à 100 projets livrés dans 6 pays. Voici ce que j'aurais voulu lire avant de commencer — et ce que je referais autrement aujourd'hui.

    Klicky
    11 min de lecture
    khalid boudrari

    J'ai fondé Klicky à Casablanca en mars 2016. À l'époque, je pensais qu'on serait deux ou trois et qu'on ferait surtout des sites WordPress pour des amis et des prospects via le bouche-à-oreille.

    Neuf ans plus tard, on en est à plus de 100 projets livrés dans 6 pays, une équipe stable, un pivot complet vers l'IA depuis 2023, et la constitution de KlickyX comme société mère qui chapeaute Klicky et nos initiatives connexes.

    Ce n'était pas le plan. Ou plutôt, c'était un plan qui a été redessiné chaque année.

    Voici ce que j'aurais voulu lire avant de commencer — et ce que je referais autrement aujourd'hui. Si tu hésites à fonder une agence digitale au Maroc, ou si tu en diriges une et tu veux comparer ton chemin au mien, ce texte est pour toi.

    2016 : démarrer Klicky avec naïveté et un MacBook fatigué

    Le premier client de Klicky était une PME industrielle de Casablanca qui avait besoin d'un site vitrine. J'ai facturé 18 000 MAD. C'était trop peu pour ce que j'ai livré : 6 semaines de travail, design refait deux fois, intégration WordPress propre, mises à jour pendant 3 ans.

    Erreur n°1 que je referais : pricing. J'ai sous-pricé pendant les 18 premiers mois parce que je voulais valider qu'on pouvait livrer. C'était un calcul rationnel sur le moment — mais je ne mesurais pas le coût de la sous-facturation : tu attires les mauvais clients, tu fixes les attentes du marché trop bas, tu épuises ton équipe parce que tu prends trop de projets pour compenser des marges trop fines.

    Ce que je referais : démarrer 50 % plus cher dès le premier jour. Refuser les premiers clients qui négocient. Parce que les premiers clients fixent ton positionnement pendant les 5 années suivantes.

    2018 : la première migration internationale

    Deux ans après le lancement, on a livré notre premier projet hors Maroc : un site pour une marque française qui voulait un partenaire offshore avec un standard local de design. Le projet s'est bien passé. Mais ce qui m'a marqué, c'est ce que j'ai compris en travaillant avec ce client.

    Le standard digital français en 2018 était à des années du standard marocain courant. Pas parce que les designers marocains étaient moins talentueux. Parce que les attentes des clients marocains restaient ancrées sur ce qui se faisait en 2010-2012, et que peu d'agences locales prenaient le risque de proposer mieux.

    C'est à ce moment-là que j'ai compris qu'on n'allait pas devenir une agence "comme les autres au Maroc". On allait essayer d'amener un standard international au marché marocain, en prenant le risque d'être plus chers et de perdre les prospects qui cherchaient un site à 5 000 MAD.

    En pratique, ça veut dire qu'on a perdu 30 à 40 % de prospects sur le prix pendant 2 ans. Et qu'on a gagné des clients fidèles qui sont restés 6 ou 7 ans avec nous, en grossissant.

    2020 : 50 projets, le piège de la croissance

    À 50 projets livrés, j'ai fait l'erreur classique : j'ai voulu grossir l'équipe vite parce que les demandes affluaient. On est passés de 4 à 9 personnes en 8 mois. C'était trop rapide.

    Erreur n°2 : grossir l'équipe avant d'avoir codifié le delivery. Quand tu es 4 personnes, tu peux livrer en mode artisanal. Tout le monde a tout en tête, les standards de qualité sont implicites, les nouveaux apprennent par osmose. Quand tu passes à 9, le mode artisanal casse. Tu as besoin de processes documentés, d'une structure de revue, d'onboarding formel. On n'avait rien de tout ça.

    Les 18 mois qui ont suivi ont été les plus difficiles. Trois départs. Deux projets clients délivrés en retard ou à qualité inférieure. Une perte d'argent sèche que je n'ai jamais publiée.

    Ce que j'ai appris : les agences digitales sont des entreprises de talent, pas de scale. Une agence de 6 personnes très alignées peut livrer plus de qualité qu'une agence de 12 personnes mal coordonnées, pour le même chiffre. La taille optimale dépend du segment de marché, mais pour notre positionnement (premium B2B mid-market), on est revenus à 6-8 personnes core, avec un réseau de freelances de confiance pour les pics de charge.

    2023 : pivot IA — la décision la plus risquée et la mieux récompensée

    Le lancement public de ChatGPT en novembre 2022 a été un choc. Pas parce que l'outil était parfait — il ne l'était pas. Mais parce qu'il rendait évident un phénomène plus profond : les LLM allaient absorber une partie significative du travail digital.

    Fin 2022, j'ai pris une décision risquée : on consacrait 30 % du temps de l'équipe pendant 6 mois à apprendre l'IA. Pas pour se former à un outil, mais pour comprendre la technologie, expérimenter, casser des choses, livrer des prototypes internes.

    Ça a coûté cher. Six mois de moindre output sur les projets clients. Des prospects perdus parce qu'on a refusé des projets sans valeur stratégique pour libérer le temps. Une trésorerie tendue.

    C'était la meilleure décision business des 9 ans de Klicky. À l'été 2023, on signait nos premiers projets IA pour des clients marocains. À fin 2024, l'IA représentait 35 % de notre chiffre d'affaires. À fin 2025, on était devenus une référence régionale sur l'intégration Claude / Gemini / OpenAI dans des PME.

    La leçon : quand une technologie absorbe une partie de ton métier, tu as deux options. L'apprendre ou la subir. Beaucoup d'agences au Maroc ont attendu 18 à 24 mois avant de se former. Cet écart de 18 mois est devenu un fossé difficile à rattraper.

    2025 : 100 projets et la constitution de KlickyX

    Fin 2025, on a passé la barre des 100 projets livrés. C'est un nombre. Mais c'est aussi un capital : on a vu suffisamment de patterns, de styles de clients, d'erreurs et de succès, pour avoir une grille de lecture solide sur le digital marocain.

    C'est à ce moment-là que j'ai constitué KlickyX comme société mère. Pas pour des raisons fiscales (le motif fréquent que les médias business attribuent). Pour une raison simple : je voulais séparer la marque commerciale (Klicky, agence digitale grand public) de la holding stratégique (KlickyX, qui peut investir dans d'autres initiatives — formation, produits SaaS, fonds early-stage).

    C'est une décision que je referais. Beaucoup d'entrepreneurs marocains restent sur une structure unique trop longtemps, ce qui limite leurs options stratégiques quand ils veulent diversifier ou faire entrer un investisseur sur une partie seulement de l'activité.

    2026 : ce que je vois et ce que je referais

    Je vois trois grands chantiers qui vont définir les agences digitales au Maroc dans les 3 prochaines années.

    Le premier chantier est le GEO (Generative Engine Optimization). Le SEO classique va perdre 30 à 50 % de sa valeur d'ici 2028. Les agences qui ne se positionnent pas maintenant sur l'optimisation pour ChatGPT, Claude, Perplexity et Gemini vont passer à côté. Klicky a commencé. La fenêtre est ouverte 12 à 18 mois max au Maroc.

    Le deuxième chantier est la spécialisation verticale. Le modèle agence digitale généraliste qui fait du WordPress pour tous les secteurs est en train de mourir. Les clients veulent des agences qui connaissent leur métier, pas seulement leur technologie. On va voir émerger au Maroc des agences spécialisées par secteur : hôtellerie, F&B, immobilier, fintech.

    Le troisième chantier est l'industrialisation IA. Aujourd'hui, l'intégration IA chez les PME marocaines est encore artisanale, projet par projet. Demain, ce sera des produits packagés (chatbot vertical pré-entraîné, automation pré-câblée pour un secteur, agent IA pré-tuné pour un cas d'usage). La marge est dans le packaging, pas dans le sur-mesure pur.

    Ce que je referais autrement aujourd'hui

    Quatre choses, par ordre d'importance.

    Construire le "brand" Khalid Boudrari plus tôt. Pendant 6 ans, j'ai mis l'équipe et la marque Klicky devant moi. C'était par modestie et par calcul stratégique. Avec le recul, c'était une erreur — pas pour mon ego, pour la valeur de l'agence. Une agence digitale dans un marché de confiance comme le Maroc se vend par la confiance dans son fondateur. J'aurais dû publier sur LinkedIn dès 2017, parler en public, écrire des articles. Au lieu de commencer en 2024.

    Investir dans le brand interne. On a fait notre propre branding correctement seulement en 2023. On était cordonnier mal chaussé pendant 7 ans. Les clients voient ces signaux.

    Former plus systématiquement. L'équipe Klicky a toujours été talentueuse. Mais on a sous-investi dans la formation continue formelle — j'ai trop misé sur l'apprentissage par projet. Avec le recul, 4 jours par an de formation externe par personne aurait amorti vite.

    Refuser plus de projets. Sur 100 projets livrés, peut-être 15 n'auraient pas dû être pris. Mauvais fit, mauvais client, mauvais timing. Ces 15 ont consommé 25 à 30 % de l'énergie totale de l'équipe sur la période. Refuser un projet quand on a besoin d'argent demande un courage qu'on apprend lentement.

    Ce que je vois pour 2030

    À horizon 2030, je vois Klicky comme une marque qui a réussi à occuper trois positions simultanément.

    Une référence sur le marché marocain pour le digital premium, avec un positionnement reconnu (et payé) sur la qualité et l'IA. Un acteur sur l'Afrique francophone, avec des projets en Côte d'Ivoire, Sénégal, Tunisie. Une présence européenne (France, Espagne) sur des projets nearshore où le Maroc apporte une valeur prix-qualité unique.

    KlickyX, la holding, va probablement lancer 1 ou 2 produits SaaS spinoffs des outils internes qu'on développe pour nos projets clients. C'est ma direction préférée pour 2027-2028.

    Le reste, on verra. Le plus important que j'ai appris en 9 ans, c'est que les plans à 5 ans ne valent rien dans le digital. Ce qui compte, c'est la capacité à tourner vite, et à apprendre encore plus vite.

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